Réserve naturelle de Comogne

1. Situation:

La réserve naturelle de Comogne a été acquise par l’asbl « Les Réserves Naturelles et Ornithologiques de Belgique » le 15/02/1996. Elle est située sur l’actuelle commune de Beauraing dans la région naturelle de la Famenne entre Focant et Lavaux/Sainte/Anne.

La réserve est constituée de deux zones bien distinctes : une partie essentiellement prairiale de 20 hectares 57 ares 71 ca et une zone plus forestière de 8 hectares 79 ares 25 ca. Les sols sont essentiellement de type limoneux peu caillouteux, classiques dans la dépression de la Famenne. Le substrat schisteux est présent à faible profondeur.

 

2. Historique:

La carte de l’Institut Géographique National levée en 1858 et révisée en 1924, montre le site presqu’entièrement recouvert de conifères. Seule une zone située dans le prolongement d’un point d’eau toujours existant correspondrait vraisemblablement à une prairie humide à marécageuse. Des épicéas auraient occupé le site jusqu’en 1933. La pessière fut exploitée et le terrain transformé en pâture à l’exception de la zone au nord est. C’était l’époque où dominaient en Famenne les prairies herbeuses semi-naturelles, très abondamment fleuries et exploitées de manière extensive. Dès les années 40, l’agriculture a privilégié les prairies ou pâtures permanentes, beaucoup moins favorables à la biodiversité. La prairie de Comogne peut être considérée comme une exception, car les amendements n’ont jamais été très intensifs. Il n’y a plus eu d’exploitation au moyen de machines depuis le début des années 60. Le site a ainsi pu conserver la plupart de ses valeurs semi-naturelles de jadis.

Triton crêté - Photo de P. Lighezzolo
Triton crêté - Photo de Eric Walravens

3. Objectifs de la réserve:

Le site de Comogne a conservé une grande valeur en matière de conservation de la nature. Les gestionnaires ont pour objectif de maintenir les prairies dans un état semi naturel, avec leurs particularités botaniques et faunistiques, mais aussi historico-culturelles. Certaines espèces très rares devraient en outre bénéficier de mesures précises. C’est le cas du triton crêté pour lequel vous trouverez quelques indications ci-après. A Comogne, une zone de recolonisation forestière apporte d’autres possibilités de développement de la biodiversité locale, notamment ornithologique.

La forêt de Famenne a toujours été un milieu précieux pour la vie sauvage dont la protection doit être prise en compte.

 

4. Description biologique – généralités:

La réserve naturelle de Comogne est un site semi naturel de grand intérêt. Le maintien d’une activité agricole plutôt extensive est responsable de cette situation propice. Il a en particulier favorisé l’installation de milieux ouverts parfois contrastés en rapport avec les qualités écologiques du terrain (conditions microclimatiques, microrelief, conditions géologiques,…). Ces pratiques agricoles n’ont plus eu lieu depuis longtemps dans la partie qui est en voie de recolonisation par les arbres et arbustes. La recolonisation ligneuse a profondément modifié le milieu. On peut parler maintenant de milieu forestier, quoique plusieurs clairières plus ou moins importantes se soient maintenues. D’autres espèces, par exemple d’oiseaux, y sont liées. Des conditions plus humides sont connues aux abords des ruisseaux. La réserve naturelle de Comogne est donc constituée d’une mosaïque de milieux, favorables à la diversité animale et végétale.

 

5. Intérêt botanique:

Uniquement dans la zone ouverte de la réserve naturelle, 108 espèces de plantes « supérieures » ont été dénombrées, ce qui démarque nettement cette prairie des autres prairies de Famenne régulièrement fertilisées et fauchées ou intensivement pâturées. Plusieurs espèces rares et/ou d’intérêt phytosociologique ont été trouvées dans la réserve naturelle. Elles sont toutes liées à des milieux fragiles et typiques : l’orge faux-seigle, l’ophioglosse vulgaire, l’orchis bouffon, le sélin, la succise des prés, la violette des chiens. Quelques orchidées ont été découvertes dans la partie recolonisée : l’orchis maculé, l’épipactis à larges feuilles, la platanthère des montagnes.

 

6. Intérêt entomologique:

Pour les espèces dépendantes de la richesse floristique des milieux, plantes refuges ou nourricières, le réserve naturelle de Comogne est un espace d’exception. Même si l’enquête à ce sujet n’est encore que partielle, il se trouve déjà un bon nombre de représentants de grand intérêt parmi plusieurs groupes d’espèces. L’abondance des criquets et sauterelles est remarquable. Une quinzaine d’espèces a été recensée à ce jour dans ce site. On notera en particulier le criquet verdelet et le criquet marginé du fait de leur faible représentation en Famenne. Le site présente une très belle diversité d’homoptères, avec notamment plusieurs cicadelles et surtout une nouvelle espèce pour la Belgique, Xanthodelphax stramineus. En ce qui concerne les papillons de jour, plusieurs espèces considérées comme menacées et vulnérables en Belgique ont été observées : le machaon, le gazé, le petit sylvain, le moyen nacré, le petit nacré, le nacré de la sanguisorbe, le damier noir, le demi-deuil, le thécla du bouleau, le cuivré fuligineux, le collier de corail.

 

7. Intérêt herpétologique:

Les zones humides et les mares sont fréquentées par la grenouille verte, la grenouille rousse, le crapaud commun, le triton alpestre, le triton commun, le triton palmé et surtout le triton crêté symbole de cette réserve naturelle et rare en Belgique et que nous décrivons plus en détail ci-dessous. Le lézard vivipare a été observé à plusieurs reprises à proximité de la zone humide. 8.- Intérêt ornithologique La gestion du site en prairies de fauche semi naturelles comprenant des zones humides et des espaces bocagers, est idéale pour l’avifaune tant nicheuse que de passage. Ces milieux de qualité sont fréquentés par des espèces forestières vivant en périphérie. On peut citer : la bondrée apivore, l’autour des palombes, l’épervier d’Europe, le milan royal, le busard Saint Martin, le faucon crécerelle, le pic mar, le loriot d’Europe. Ces espèces profitent largement du site pour se reposer ou se nourrir. Les proies y sont en effet très variées, petits mammifères, oiseaux, insectes,… y abondent. Les arbres morts et les dortoirs ne manquent pas. Les haies et les cordons boisés sont d’un grand intérêt pour la tourterelle des bois, le coucou gris, le pic épeiche, le pic mar, la pie grièche écorcheur, la pie grièche grise, les fauvettes et gobes mouches, le rossignol, les mésanges,… Dans le bois de bouleaux, clair et humide, on rencontrera la bécasse des bois. Et peut être l’engoulevent y fera-t-il son retour…

Pour de plus amples renseignements sur cette réserve naturelle, n’hésitez pas à contacter le conservateur du site de Comogne, Marc Paquay à l’adresse mail : paquaymarc(at)skynet.be

Triton crêté - Photo de Rollin Verlinde

 

8. Le triton crêté -  espèce symbole de la réserve naturelle de Comogne.

 

Nom scientifique : Triturus cristatus

Classification : Batracien, Urodèle

Taille : 10 à 14 cm pour les mâles ; 11 à 18 cm pour les femelles

Poids : 6 à 15 grammes

Durée de vie : 7 à 8 ans en moyenne et jusqu’à 17 ans dans la nature

Habitats : mares et autres pièces d’eau en milieux ouverts avec nombreux éléments structurant le paysage

Nombre d’oeufs : 200 à 400

Alimentation : invertébrés (insectes, vers, mollusques) et têtards

Statut : vulnérable

Amphibien urodèle, possédant donc une queue à l’état adulte, le triton crêté est le plus grand de nos quatre tritons.

Ce triton possède une peau verruqueuse très caractéristique. Sa queue est comprimée, légèrement dentelée et traversée d’une bande médiane blanche à bleutée.

Les deux sexes sont bien différents durant la saison de reproduction (période aquatique).

 

Le mâle est caractérisé par une haute crête dorsale dentelée (disparaissant à la fin de la période aquatique), le dos et une partie des flancs brun foncé marbré de taches noirâtres, la face ventrale jaune orangé maculée de grosses taches noires irrégulières, ainsi que les flancs, la gorge, la tête, parfois les pattes, vermiculés par de petites taches blanches et noires.

La femelle se différencie principalement par l’absence de crête dorsale, par des couleurs plus ternes et le dessous orangé de la queue. Certaines femelles ont une raie dorsale jaunâtre. Les larves sont assez faciles à identifier. Elles sont grandes (6-10 cm) comparées à celles des autres tritons. Elles possèdent des pattes grêles, aux doigts et orteils fort effilés, ainsi qu’une haute crête sur le dos et la queue. La queue se termine nettement en pointe et se prolonge par un filament bien visible.

Les oeufs ovales, fixés isolément aux plantes aquatiques, sont plus grands que ceux des autres tritons, environ 2 mm de diamètre, souvent plus clairs, blanc-jaunâtre et non bruns ou gris.

Le triton crêté occupe une vaste aire couvrant l’Europe continentale et l’ouest de la Sibérie à l’exception des zones à l’extrême sud ou l’extrême nord. En Région wallonne, l’espèce est localisée, présente sous forme de petits noyaux de peuplement, dans la plupart des régions, sauf en Ardenne. Elle se maintient surtout en Fagne-Famenne et est plus disséminé en Condroz, dans le bassin de la Vesdre et en basse Meuse, dans le Hainaut et en Lorraine. Il est quasi absent du Brabant wallon et en Hesbaye. En Wallonie, les effectifs observés depuis près de vingt ans sont très faibles. Il existe peu d’observations de plusieurs dizaines d’individus à l’eau ensemble.

Le triton crêté est une grande espèce, qui vit longtemps et qui est plus aquatique et nocturne que nos autres espèces de tritons. L’hibernation, assez longue, s’étend principalement de fin septembre à mars. Les tritons crêtés s’abritent alors dans des cavités diverses, parfois à plusieurs dizaines de centimètres de profondeur. Le retour à l’eau pour la reproduction a surtout lieu en mars-avril. Ils sont observés assez longtemps à l’eau, jusqu’en juillet-août. Après fécondation, les femelles déposent leurs œufs un par un, dans la végétation aquatique. La ponte peut s’étaler sur 3 à 4 mois et totalise de 200 à 400 œufs. Le développement larvaire de cette espèce appréciant les eaux chaudes permet souvent aux grandes larves de se métamorphoser environ trois mois plus tard. Des larves issues de pontes tardives peuvent passer l’hiver dans les points d’eau où elles ont éclos et sortent alors généralement de l’eau au printemps suivant. Au sortir de l’eau, les tritons poursuivent une vie terrestre nocturne, principalement en milieu boisé, sur les lisières, dans les prés, les friches ou d’autres milieux herbacés, à quelques dizaines de mètres du lieu de reproduction. Plus tôt en saison, des déplacements peuvent avoir lieu d’un site à l’autre en période de reproduction. À cette occasion, des « routes » particulières, le long de haies ou de lisières, seraient empruntées d’une année à l’autre. Le domaine estival et les sites d’hivernage se trouvent en général dans un rayon ne dépassant pas 250-400 m (parfois jusqu’à 1 km) autour des lieux de reproduction. Dès septembre et certainement octobre, les tritons entrent dans une phase de vie ralentie.

Le régime alimentaire des adultes est composé de larves d’insectes, de vers de terre, de mollusques, de petits crustacés terrestres, de sangsues et de têtards. Ils consomment aussi des œufs et des larves de tritons... Les larves ingèrent surtout des petites proies.

Le triton crêté est avant tout une espèce des campagnes et des paysages ouverts des plaines et des collines de basse altitude dans nos régions. Plus exigeant que les autres tritons, il recherche des paysages compartimentés et se reproduit dans les mares, étangs, abreuvoirs et fossés de préférence assez profonds, de taille supérieure à 25 m2, permanents, riches en végétation aquatique, dépourvus de poissons et bien ensoleillés.

Son domaine terrestre comprend des prairies, haies, lisières, bosquets ou des friches. Il peut coloniser des sites récents comme les carrières sous eau (argilières, sablières...). Régulièrement, l’espèce occupe des grappes de mares proches les unes des autres.

La destruction de ses habitats ou une gestion qui les altère et les banalise est la menace majeure. Les principales causes de destruction de l’habitat aquatique du triton crêté sont : le comblement artificiel ou naturel des pièces d’eau, le boisement des berges, la pollution des plans d’eau (diffusion de pesticides et engrais, décharges d’immondices), l’introduction de poissons. Pour les habitats terrestres : la réduction des prairies permanentes, la pression agricole intensive, la disparition des petits éléments paysagers, la disparition et la rareté des abris, la présence de routes fréquentées (mortalité). La gestion de l’habitat du triton crêté consiste essentiellement au maintien et à la restauration d’habitats aquatiques et terrestres de qualité. Là où subsiste l’espèce, des réseaux de mares et étangs de reproduction sont à reconstituer en tenant compte de la mobilité réduite de l’espèce. La création de nouveaux sites est à envisager pour compenser les disparitions naturelles et les destructions. Une population locale dépend en général de l’existence d’un réseau suffisamment dense de mares proches, interconnectées, avec un optimum de 4 à 8 mares par km2, avec des formations arbustives et arborées proches (au plus quelques centaines de mètres de distance). Les mesures de gestion des sites occupés comprennent la mise en place des zones tampon de 30 à 60 m de large autour de la mare (pose de clôtures) et l’élimination des poissons éventuels, une gestion extensive des prairies voisines (faible charge en bétail, faible fertilisation, pas de pesticides...), le maintien des lisières et de petits éléments structurant le paysage (arbres, bosquets, pierriers, vieux murs...) dans un rayon de quelques dizaines de mètres autour des points d’eau. Les risques de braconnage sont à prendre en compte.

                                                                                           Source Région Wallonne

Natagora Famenne

BNVS - Ostbelgien BNVS - Ostbelgien Natagora - Ardenne orientale Natagora - Ardenne centrale Natagora - Brabant wallon Natagora - Bruxelles Natagora - Centre-Ouest Hainaut Natagora - Entre Sambre et terrils Natagora - Entre-Meuse-et-Lesse Natagora - Entre-Sambre-et-Meuse Natagora - Famenne Natagora - Haute Sambre Natagora - Hesbaye médiane Natagora - Hesbaye Ouest Natagora - Lesse et Houille Natagora - Liège et Basse-Meuse Natagora - Lorraine Natagora - Ourthe-Amblève Natagora - Pays de Herve Natagora - Semois ardennaise Natagora - Marquisat de Franchimont Natagora - Haute Senne Natagora - Vesdre et Ourthe Natagora - Condroz Mosan Natagora - Coeur de Wallonie Natagora - Dendre-Collines
Natagora Lorraine BNVS - Ostbelgien Natagora Ardenne orientale Natagora Lesse et Houille Natagora Hesbaye mediane Natagora Hesbaye Ouest Natagora Entre Sambre et terrils Natagora Brabant wallon Natagora Bruxelles Natagora Seneffe - Braine-le-Compte Centre-Ouest Hainaut Natagora Haute Sambre Natagora Entre-Sambre-et-Meuse Natagora Vesdre & Ourthe BNVS - Ostbelgien Natagora Pays de Herve Natagora Marquisat de Franchimont Natagora Entre-Meuse-et-Lesse Natagora Famenne Natagora Ardenne centrale Natagora Semois ardennaise
Communes de la régionale :

Beauraing, Houyet, Marche-en-Famenne, Nassogne, Rochefort, Tellin, Wellin

Natagora, association de protection de la nature, se mobilise pour prserver la biodiversit des habitats naturels en Wallonie et Bruxelles. Pour cela, nous avons besoin de votre soutien !