Réserve naturelle de la Basse Wimbe

1. Situation: 

La réserve naturelle de la Basse Wimbe, d’une superficie de plus de 30 hectares, s’étend sur les anciennes communes de Villers/sur/Lesse, Ave et Auffe et Lessive, actuellement la commune de Rochefort. Elle est localisée au centre de la dépression de basse Famenne. Elle est composée d’une série de prairies et de bois s’étendant entre le hameau de Genimont et les villages de Lessive et Villers/sur/Lesse.

Cette région, installée sur des argiles lourdes peu perméables est essentiellement à vocation herbagère. Le paysage y est très ouvert, seulement interrompu par quelques lambeaux forestiers, dont plusieurs petites plantations de conifères. Ici, comme ailleurs en Famenne, la végétation a été plus ou moins profondément altérée par des opérations de remembrement, de drainage et d’amélioration des herbages.

 

 

 

 

2. Historique:

La Fagne-Famenne est une région réputée herbagère. Cette situation fait suite aux défrichements de la forêt primitive, qui était vraisemblablement composée de chênaies-charmaies, et d’aulnaies-frênaies dans les zones les plus humides. La nature schisteuse du sous sol et l’abondance d’argile ont rendu les sols de cette région imperméables. Ils sont fréquemment inondés, mais subissent également de fortes sécheresses. Sur ces terres peu rentables, les cultures ont toujours été rares, et les prairies dominantes. A la fin du 18ème siècle, et au début du 19ème, il semble que les troupeaux paissaient déjà dans les prairies humides des vallées. A cette époque aussi, de vastes pâtures-sarts, provenant du défrichement de la forêt servaient de terrains de parcours pour les troupeaux de moutons. Ces endroits se sont recolonisés naturellement après l’abandon de l’élevage des moutons au 19ème siècle.

Dans le terroir bocager de la Famenne, l’exploitation agricole traditionnelle (pacage extensif des troupeaux, fauches tardives,…) fut responsable de la formation d’un type particulier de prairie humide, riche en succise des prés, en sélin, en silaüs des prés, et en bien d’autres plantes à fleurs, graminées et laîches. Dans les fonds de vallée, d’autres végétations se sont développées, en rapport avec l’importance des dépôts d’alluvions, et des mouvements de la nappe phréatique : les mégaphorbiaies à reine des prés et toutes leurs variantes, entretenues le plus souvent par des fauches, plus rarement pâturées.

Mais après la deuxième guerre mondiale, l’avènement de pratiques agricoles plus modernes (utilisation de fertilisants, drainage, pâturage intensif, fauche précoce, labour, ensemencement) a progressivement transformé ces milieux. En beaucoup d’endroits, les fleurs ont même malheureusement cédé leur place à des graminées sans intérêt comme la crételle ou le ray grass commun.

La carte IGN levée en 1868 et révisée en 1924 indique que l’occupation des sols de la plaine de la Wimbe au début du siècle était très proche de ce que l’on observe aujourd’hui. A l’époque du levé de Ferraris (1771-1778), la zone où est actuellement installée la réserve naturelle de la Basse Wimbe correspond à des terrains de culture.

3. Objectif de la réserve naturelle:

Les prairies de la Basse Wimbe, même si elles ont dû subir au cours des dernières décennies une évolution significative liée aux impératifs de la productivité herbagère, ont conservé une importante valeur potentielle en matière de restitution des milieux semi-naturels caractéristiques et « biodiversifiés ». L’objectif majeur poursuivi dans la réserve naturelle de la Basse Wimbe consistera à préserver au maximum ce complexe de prairies et ses caractéristiques écologiques, mais aussi à développer un programme de gestion par lequel les potentialités du site pourront s’exprimer.

 

4. Description biologique:

a) Couvert végétal:  La diversité des milieux présents sur la réserve naturelle de la Basse Wimbe induit bien entendu une grande diversité floristique. A ce jour, et sans qu’un inventaire exhaustif ait été effectué, 180 espèces végétales ont été recensées sur le territoire de la réserve naturelle. Et ceci ne reprend pas les champignons, lichens, mousses,…. Parmi toutes ces espèces, certaines peuvent être classées comme rares, voire très rares, ou pour le moins peu fréquentes comme par exemple : l’ophioglosse vulgaire, le bois gentil, le genévrier, l’alisier, l’orchis mâle, la platanthère des montagnes, l’orchis bouffon, le colchique d’automne, … Il faut compter sur le stock grainier en terre pour diversifier cette végétation au fur et à mesure de la « déseutrophisation » des prairies. Cependant, la plupart des espèces de prairies non fertilisées sont des espèces dont le stock grainier est considéré comme transitoire ou persistant à court terme. Le processus de « déseutrophisation » est long. Il faut espérer que la théorie se trompe et que la belle diversité des prairies d’antan réapparaisse. Il est à souligner que cette réserve naturelle a été créée en 1995. Et que depuis lors, grâce à une gestion appropriée, des évolutions favorables sont constatées.

 

b) Intérêt faunistique: Peu de relevés précis ont été effectués à ce jour. Au niveau ornithologique quelques espèces peu communes ont été observées comme le pic mar, le pic épeichette, le pic noir, le traquet pâtre, le rossignol, la pie grièche écorcheur, la buse pattue, le grand corbeau. Quelques espèces d’oiseaux observés dépendent des prairies humides pour leur reproduction. Mais la plupart sont inféodées aux forêts adjacentes, aux haies limitantes, aux zones humides. La plaine herbagère fait cependant partie de leur milieu de vie et joue un rôle ne fut-ce que pour leur alimentation.

De nombreux papillons fréquentent les prairies qui retrouvent peu à peu leur diversité botanique. On peut citer comme exemple : le petit Sylvain, la Petite Tortue, le Vulcain, le Tabac d’Espagne, le Damier Noir, le Demi Deuil, l’Amaryllis, le Tristan et la Turquoise.

Mais le plus remarquable de cette réserve naturelle au niveau des invertébrés est sans conteste la présence de la demoiselle Agrion de Mercure qui est excessivement rare en Wallonie et dont nous vous parlons plus longuement ci-dessous.

Agrion-Mercure - Photo de Stéphane Bocca

5. L’Agrion de Mercure.

 

Insecte: de l'ordre des Odonates, du sous-ordre des Zygoptères, et de la famille des Coenagrionidés.

 

Critères d’identification : C’est une petite demoiselle bleu profond. Le mâle possède sur le deuxième segment de l'abdomen une tache noire en forme de casque de viking ou de tête de taureau. Il a un ptérostigma typiquement en losange et monochrome. Au repos, il garde les ailes repliées le long du corps. Taille : de 27 à 31 mm dont entre 19 et 27 mm pour l’abdomen.

 

Biologie : Sa période de vol est de mi-mai à fin juillet. Les adultes s’éloignent rarement des sites de reproduction.

 

Reproduction : Le mâle saisit la femelle par la nuque. La femelle courbe son corps jusqu’à ce que l’extrémité de son abdomen rejoigne les organes reproducteurs du mâle situés au niveau du 2ème et 3ème segments abdominaux. Les oeufs sont pondus dans les tiges tendres des végétaux aquatiques. Quand les conditions le permettent, les adultes sont capables de s’immerger pour pondre en descendant le long d’une tige.

 

Alimentation : Les adultes se nourrissent de moustiques et autres petites mouches. La larve se nourrit de zooplancton.

 

Distribution : Cet agrion vit essentiellement dans le sud-ouest du continent européen, jusque dans le nord de l’Allemagne et l’Italie avec cependant des populations isolées situées en Roumanie et dans le Caucase. Il est également présent dans le sud-ouest de la Grande Bretagne. En Belgique, outre en Wallonie, l’espèce a été signalée autrefois en Campine.

En Wallonie, l’Agrion de Mercure semble toujours avoir été très localisé. Des populations ont été trouvées, par le passé, dans des régions fort différentes : Hainaut, Hesbaye, Condroz, Famenne, Entre Sambre et Meuse et Lorraine. Actuellement, l’espèce n’est plus connue qu’en Famenne (vallée du Biran et basse Wimbe) et en Lorraine.

 

Ecologie : Cet Agrion se reproduit dans les eaux courantes à faible débit (ruisseaux, petites rivières, sources, fossés,…) , assez lentes, riches en carbonates, généralement ensoleillées, avec une végétation émergente bien fournie comprenant des plantes tels le cresson de fontaine, la petite berle, la véronique des ruisseaux.

 

Législation : Cette espèce est mentionnée dans l’annexe 2a du décret du 6 décembre 2001 modifiant la Loi du 12 juillet 1973 de la Conservation de la Nature qui indique en son article 2 que cette espèce est intégralement protégée (espèce strictement protégée en vertu de l’annexe IVa de la Directive 92/43/CEE et de l’annexe II de la Convention de Berne). 

 

Si vous souhaitez des renseignements complémentaires sur la réserve naturelle de la Basse Wimbe, n’hésitez pas à contacter son conservateur : Jacques Gallez – jgabuis(at)gmail.com

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