Réserve naturelle du Grand Quarti

La réserve naturelle du Grand Quarti est située à la limite des sections communales de Finnevaux (Houyet) et de Baronville (Beauraing). Elle a une superficie totale de 27ha 21a 88ca. Elle est située en Famenne schisteuse et est constituée d’un ensemble intéressant de boisements jeunes et plus anciens mais aussi d’un réseau remarquable de clairières, de lisières, de sentiers qui jouent un rôle déterminant pour la richesse biologique du site surtout botanique et entomologique.

1. Historique.

La carte de Ferraris (1771/1776) montre que la partie de la Famenne schisteuse proche de la frontière française est restée exceptionnellement boisée. Le territoire de la réserve faisait intégralement partie du grand massif forestier qui existait entre Feschaux, Baronville et Maisoncelle. C’est donc plus tard que l’agriculture a conquis du terrain en morcelant progressivement ce massif forestier en faisant du Grand Quarti une « presqu’île » forestière au milieu des pâtures et des cultures. Dans le tournant du 20ème siècle, ces terrains ont connu d’importants bouleversements. Des plantations de résineux ont été réalisées transformant de manière significative la chênaie à charmes originelle. Dans les années 1970, la société « Hoppenbrouwers Algegemene Bouwwerken » a émis le projet de réaliser un gigantesque parc résidentiel. Ce projet devait comporter pas moins de 441 chalets, 25.000 m2 d’équipements sportifs et communautaires, 100.000 m2 de jeux et d’espaces verts, 56.000 m2 de voiries, de pièces d’eau et de parkings. Bien que le projet fût contesté par les riverains qui n’étaient pas enthousiasmés par l’idée du parc de vacances, les promoteurs ont largement entamé les travaux d’aménagement du site. C’est ainsi qu’à l’exploitation forestière a succédé la construction des équipements de voirie et d’égouttage. Peu de temps après pourtant, pour des raisons financières, les travaux s’interrompirent brusquement. Après quelques années d’abandon, le site fut proposé à la vente par un organisme créancier flamand devenu propriétaire des lieux.

2. Intérêt botanique.

Jusque dans les années 70, le site était majoritairement peuplé d’épicéas. Ces peuplements ont été exploités pour les besoins des travaux du parc résidentiel. La plus grande partie des boisements actuels est donc issue de la régénération naturelle. Les grands types de végétation que l’on peut rencontrer sur le site sont :

a) Les boulaies.

Ce sont de loin les formations végétales les plus répandues sur le site. Lorsque le sous-bois n’est pas envahi par les prunelliers, il est généralement riche en plantes herbacées.

b) Les chênaies.

Bien que représentant une superficie moindre, les chênaies sont également un élément essentiel de la réserve. Elles sont présentes partout où la végétation n’a pas été trop altérée par la plantation de résineux ou le défrichement. Ainsi un cordon de chênes âgés délimite le pourtour de la réserve. De même, on en retrouve çà et là à l’intérieur du site notamment le long des voiries et dans la partie centrale et est du site.

c) Les pessières.

Suite aux grandes exploitations d’il y a une soixantaine d’années, il ne reste que des îlots d’épicéas témoins des pessières qui devaient couvrir une grande partie de la réserve.

d) La végétation herbacée des layons et sentiers.

Cette végétation comporte une grande partie des richesses botaniques du site dues à la juxtaposition des sols argileux famenniens plutôt acides et humides avec l’assise filtrante des anciennes voiries constituée de calcaire. Sur une faible distance se côtoient donc des espèces des prés maigres non améliorés sur sols humides avec des espèces des pelouses calcaires sèches. Dans le même ordre d’idée, on y retrouve également côte à côte des plantes qui profitent de l’absence d’engrais et des espèces indicatrices d’une certaine rudéralisation.

e) Les friches forestières.

Dans la réserve, on retrouve ces zones de transition le long des chemins et dans quelques clairières. Selon la situation, cette végétation est dominée par des plantes sociales envahissantes et plutôt communes et par divers recrus forestiers.

f) Les friches agricoles.

Au sud de la réserve se trouvent environ 70 ares de terrains qui étaient occupés avant la création de la réserve par un champ de maïs. Après l’abandon de la culture, le couvert végétal s’est reconstitué à partir du stock grainier local et d’éventuels apports extérieurs naturels. Il y est apparu de nombreuses espèces végétales rares ou très rares en Région Wallonne. Grâce à la diversité très importante de milieux dans la réserve naturelle du Grand Quarti, il y a été recensé 280 espèces de plantes supérieures dont 8 espèces d’orchidées.

3. Intérêt mycologique.

Un relevé mycologique a été effectué conjointement par les « Naturalistes de Namur-Luxembourg » et les « Naturalistes de la Haute-Lesse » le 7 octobre 2000. Lors de cette excursion, pas moins de 154 espèces furent observées. Cela souligne l’importance du site.

4. Intérêt entomologique.

De nombreux relevés entomologiques ont été effectués démontrant l’intérêt du site également à ce niveau. Comme exemple, nous pouvons citer les papillons de jours dont 45 espèces ont été observées sur le site. Cela représente 49% des espèces présentent en Wallonie après 1990. La structure des peuplements forestiers, la présence de layons et de lisières ouvertes et fleuries conviennent particulièrement à ce groupe d’insectes. Nous pouvons citer quelques espèces intéressantes comme le grand collier argenté, le grand et le moyen nacré, la lucine ou le damier noir.

5. Intérêt herpétologique.

La faune herpétologique du Grand Quarti est assez diversifiée. On y a observé 10 espèces : le crapaud accoucheur, l’orvet fragile, le lézard vivipare, le crapaud commun, la grenouille verte, la grenouille rousse, le triton alpestre, le triton commun, le triton palmé et le triton crêté. Jusqu’à présent aucune observation de serpent « vrai » n’a eu lieu probablement parce que le site était trop forestier.

6. Intérêt ornithologique.

Une cinquantaine d’espèces d’oiseaux a été observée sur le site. Le site du Grand Quarti est particulièrement attractif pour certaines espèces de passereaux qui fréquentent les boisements jeunes comme les fauvettes forestières, les pouillots véloces et fitis, le pipit des arbres et le bouvreuil.

7. Mammifères.

Si peu de données existent à ce niveau, nous pouvons cependant citer la présence du cerf, du sanglier et du chevreuil. En dehors de ces trois grandes espèces, on rencontre également le lièvre d’Europe, et le muscardin qui apprécie les fourrés de ronces et probablement les nichoirs posés à l’intention des oiseaux cavernicoles. On peut encore citer la présence du renard roux et du blaireau qui tirent profit du réseau d’égouttage en à sec pour installer leurs terriers.

8. Objectifs de la gestion.

La gestion du site tentera de conserver, voire de développer l’intérêt botanique et zoologique de la réserve. Cet intérêt est déterminé par la diversité des milieux présents. Il est donc important de maintenir cette mosaïque tout en intervenant ponctuellement sur l’une ou l’autre partie de la réserve pour accroitre le potentiel d’accueil pour la faune et la flore.

Pour tout complément d’information ou visite du site, nous vous invitons à contacter son responsable, Olivier Kints : olivier.kints(at)natagora.be

Photo de Patrick Lighezzolo

LE PAPILLON SYMBOLE DE LA RESERVE NATURELLE DU GRAND QUARTI:  LE DAMIER DE LA SUCCISE

1. Description.

Le damier de la succise est un insecte de l’ordre des Lépidoptères et de la famille des Nymphalidae. Il vole de la mi-mai au début juillet. Sa durée de vie en tant qu’adulte ne dépasse pas trois semaines. Il est présent mais rare et en fort déclin en Fagne-Famenne dans les prairies humides ouvertes riches en succise des prés (Succisa pratensis). Ses chenilles se nourrissent des feuilles de la succise, et les adultes de nectar de diverses fleurs. Pour passer l’hiver, ses chenilles s’enferment dans un nid de soie près du sol.

2. Identification.

Le damier de la succise est un papillon de taille moyenne, il a une coloration généralement fauve assez contrastée et il est orné de dessins noirs plus ou moins étendus. Sur les deux faces des ailes postérieures, on note la présence caractéristique d’une série de points noirs formés sur une bande orange. La taille et la coloration varient d’un individu à l’autre. Il n’y a qu’une seule génération par an. Les œufs, environ 250 par ponte, sont d’abord jaunes, puis d’un beau rose foncé avant de brunir à l’approche de l’éclosion. Leur durée d’incubation est de quatre semaines. Les chenilles sont de couleur noire, sont poilues et possèdent des excroissances dorsales couvertes de poils noirs. On observe des rangées de gros points blancs au niveau des stigmates et sur la zone dorsale. Elles vivent dans un nid de soie communautaire que l’on observe surtout d’août à septembre. La chrysalide blanchâtre avec des points noirs est nue. On la trouve suspendue dans la végétation.

3. Menaces et mesures de protection.

La Succise des prés (Succisa pratensis) était anciennement largement répandue en Wallonie et se retrouvait dans de nombreuses prairies humides. La fertilisation intensive des prairies, afin d’en augmenter la productivité, a fortement réduit la répartition de cette plante sensible aux nitrates et phosphates. A tel point qu’elle ne se retrouve plus maintenant que dans certains layons forestiers ou clairières ayant échappé à la fertilisation. Bien évidemment, la distribution de l'aire de distribution du Damier a suivi le retrait de sa plante-hôte.

A l’heure actuelle les principales menaces sont :

  • L’isolement des populations
  • La disparition progressive des habitats favorables. Disparition due à l’intensification de l’agriculture (engrais, pesticides, fauchage et pâturage intensif, le labour des prairies, les plantations forestières) à l’origine de la régression des prés à succise.

Deux considérations majeures doivent être prises en compte pour la gestion des habitats.

  • La restauration de prairies maigres ou de layons forestiers suffisamment ensoleillées, riche en succise et comportant une bonne diversité de plantes nectarifères.
  • La reconstitution d’un réseau suffisamment interconnecté pour que les distances à franchir soit de maximum un kilomètre
Photo d'Antoine Derouaux

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