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Sécheresse en Famenne, le témoignage de Marc Paquay

Marc Paquay est un naturaliste de terrain originaire de Famenne, région qu’il parcourt et observe depuis près de 50 ans. Naturaliste pluridisciplinaire, il s’intéresse notamment aux oiseaux, à la botanique, aux arbres et aux milieux naturels. Très impliqué dans la connaissance et la protection de la nature en Famenne, il participe depuis de nombreuses années aux inventaires, au suivi et à la gestion de plusieurs réserves naturelles de la région.

La sécheresse de 2026 s’inscrit dans les records, une fois de plus. Le climat est de plus en plus perturbé et on accumule les records météorologiques ces dernières années. La fonte des glaces, le réchauffement des océans, le Gulf Stream chamboulé et bien d’autres choses – que vous expliqueront les spécialistes – sont essentiellement provoqués et accélérés par les activités humaines. Ces phénomènes font basculer l’équilibre de la nature…

Une végétation qui souffre de plus en plus

Pour nous, naturalistes locaux, la sécheresse se marque d’emblée sur la végétation et particulièrement sur la forêt. En Famenne, la chênaie, implantée depuis si longtemps notamment sur des sols schisteux, souffre énormément. Pour qui observe un peu autour de lui, le dépérissement est bien visible et il s’accentue au fil des années. Ailleurs, de nombreuses prairies, pâturées ou fauchées, prennent la couleur des sables du désert au cours de l’été : tout est « brûlé » par le soleil.

Ces conditions, dures pour la végétation, se répètent et s’accentuent rapidement, trop rapidement pour une « bonne adaptation » de la flore en général. Les plantes se protègent en produisant moins de nectar (ce qui a un impact important sur les insectes butineurs qui trouvent moins de nourriture) ; elles fructifient plus rapidement (ce qui déstabilise le calendrier d’activité des espèces). Trop tôt dans l’été, les arbres et les plantes herbacées se mettent en pause « version sèche » ou meurent. Je pense que c’est assez dramatique du fait de la répétition et de l’augmentation globale de ces conditions, souvent mortifères au final…

La Famenne en première ligne

Notre région de Famenne se situe dans une zone microclimatique appréciée par les naturalistes, qui y trouvent des milieux thermophiles contenant des espèces à tendance méridionale (par exemple sur les pelouses calcaires, où certaines espèces sont en limite septentrionale de leur aire de répartition). Malheureusement, ces conditions font que la région est maintenant en première ligne et parmi les plus touchées par la sécheresse.

La chênaie de Famenne en crise

Pour en revenir à l’aspect particulier des forêts, on déplore une véritable crise de la chênaie de Famenne, qui accuse de très fortes agressions climatiques ces derniers temps et une mortalité massive. Ces forêts, normalement adaptées à des sols très mouillés en hiver et très secs en été (sols dits « hydromorphes »), ont dépassé leur « limite acceptable » et souffrent énormément, au point que des pans entiers sont morts.

On regrettera l’attitude de certains propriétaires forestiers qui, pour sauver quelques euros – mais c’est un « faux calcul » –, ont tout rasé pour le « bois énergie », par exemple les pellets, dont on peut douter de l’intérêt en termes de transition écologique. Au contraire, cette forêt morte devrait être laissée en place pour favoriser le retour du bois au sol, sous forme de bois mort et pourrissant, afin de reconstituer l’humidité et l’humus, indispensables à un substrat favorable à une nouvelle forêt issue de la régénération naturelle.

Des répercussions sur toute la chaîne du vivant

La sécheresse a des retombées énormes sur de nombreux organismes biologiques : les plantes, nourricières pour la faune ou en échange avec le milieu (comme les champignons), l’énorme quantité d’invertébrés et, au final, toute la faune vertébrée… y compris l’Humain, pour ses cultures ou ses élevages…

Des écosystèmes entiers qui se transforment

Sur les calcaires de Calestienne, la forêt sur des versants ombragés se maintient un peu, mais là, ce sont les hêtres qui meurent lentement par manque d’hydratation. Sur la bordure ardennaise, autrefois plus arrosée et plus fraîche, la sécheresse s’installe également et les conditions y deviennent sèches comme ailleurs.

Dans notre région de Famenne, principalement couverte de sols argilo-schisteux, où le sol est très humide en hiver et très sec en été, on observe un contraste qui s’accentue encore plus fortement avec le réchauffement et la sécheresse qui en découle. La pluie s’y infiltre plus difficilement du fait du tassement naturel ; l’eau ruisselle plus vite, provoquant des inondations plus marquées. La végétation a du mal à supporter ces forts contrastes.

Les plantes ont une période de végétation plus précoce et plus courte. Les floraisons sont plus brèves, la production de nectar est plus limitée et ce phénomène impacte les insectes, particulièrement les butineurs (déjà bien affectés par d’autres problèmes, comme les divers résidus chimiques présents dans l’atmosphère). Au final, ces effets sur les sols et la végétation impactent toute la faune.

Même si nous observons l’arrivée de quelques nouvelles espèces venant du sud, qui paraissent « améliorer » la biodiversité, ces changements masquent les nombreuses pertes de nos espèces indigènes et « communes », qui diminuent drastiquement. Ceci sans compter l’arrivée d’espèces exotiques qui s’adaptent et bouleversent nos écosystèmes.

Le réchauffement du climat et la sécheresse qui s’ensuit, provoqués par les activités humaines, perturbent complètement les équilibres installés depuis des millénaires. Les choses vont vite, très vite même, et il serait temps de revoir nos rapports à la nature, notre mère, gage de notre survie…

Crédits photographiques :  Marie-France Romain, Pierre Verhoeven, Damien Sevrin

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