Sécheresse en Famenne, le témoignage de Mikaël

Mikaël George se décrit comme un naturaliste passionné du vivant, qui a choisi de mettre son savoir au service des arbres et de la biodiversité. Dans son activité complémentaire, qui reprend entre autres la taille des arbres fruitiers, il se voit davantage comme un « accompagnateur d’arbres » que comme un « élagueur ».
Sa philosophie ? Comprendre l’arbre dans son environnement pour mieux le soigner, le tailler et l’aider à fructifier durablement. Il partage son expertise avec générosité et dynamisme, combinant rigueur technique et pédagogie accessible. Il essaie de transmettre les clés d’une arboriculture respectueuse du rythme de la nature.
Photo@Florian Ferrel

Parler des arbres et du temps nous amène à bien distinguer le temps animal (le nôtre) du temps végétal. Que représente une année, dix ans, voire des centaines d’années pour des êtres qui, selon certaines « conceptions », peuvent être immortels, alors que nous, animaux, avons une « courte » espérance de vie ?
Une capacité d’adaptation mise à rude épreuve
S’il est vrai qu’une année ne devrait avoir qu’un faible impact sur l’ensemble des années qu’un arbre est amené à vivre, c’est la répétition des années compliquées qui peut engendrer des problèmes aux arbres, voire entraîner leur disparition.
Les arbres ont une grande capacité d’adaptation et une plasticité qui est leur seule chance de survie. Mais aujourd’hui, le souci qu’ils rencontrent avec ces changements climatiques est la vitesse à laquelle ceux-ci s’opèrent. Les arbres n’ont pas la capacité de s’adapter aussi vite.
Comment vit un arbre ?
Mais revenons à ces sécheresses. Que se passe-t-il ? Pour le comprendre, il faut d’abord rappeler comment un arbre vit. Je m’émerveille toujours de cette faculté, nommée autotrophie (se nourrir soi-même), qu’ont les plantes dans leur grande majorité. Grâce à la photosynthèse, l’arbre capte l’énergie solaire pour transformer la sève brute (eau et nutriments puisés par les racines) et le dioxyde de carbone en sève élaborée (sucres nécessaires à sa croissance).
Ce mécanisme repose sur la tension-cohésion : une goutte d’eau s’évapore via les stomates (les pores des feuilles), ce qui crée une aspiration et permet à une nouvelle goutte d’entrer via les racines.
Dans une année « normale », avant la chute des feuilles en automne, l’arbre constitue des réserves en sucres (amidon pour la plupart des plantes).
Au printemps suivant, l’arbre arrive à se remettre en route alors qu’il ne dispose pas encore de feuilles pour faire la photosynthèse : il vit entièrement sur ses réserves pour entamer la nouvelle saison.

Quand le manque d’eau enraye la mécanique
Mais que se passe-t-il s’il n’y a plus d’eau dans le sol ? L’arbre continue à transpirer par ses feuilles, la tension dans ses « tuyaux » devient trop forte et de l’air y pénètre à la place de l’eau : c’est la cavitation. Quand de l’air rentre dans nos propres vaisseaux, on parle d’embolie. C’est la même chose pour l’arbre : on parle d’embolie gazeuse, ce qui bloque les canaux de circulation.
Pour se protéger et économiser l’eau, l’arbre fait alors tomber ses feuilles en plein mois de juillet. C’est le « faux automne ». Mais qui dit perte de feuilles dit arrêt de la photosynthèse.
L’arbre entre en repos de manière précoce sans avoir pu constituer ses réserves d’énergie pour l’année suivante. Les saisons à venir s’annoncent d’ores et déjà compliquées.
En Famenne, des conditions particulièrement difficiles
C’est d’autant plus vrai chez nous en Famenne, où nous avons des sols peu profonds, argileux, avec une mauvaise économie en eau. Les arbres y sont soumis à des extrêmes : soit une sécheresse immédiate, soit, au contraire, une abondance de pluie qui gorge les sols d’eau et asphyxie les racines.
Donner au vivant le temps de s’adapter
Alors oui, il est difficile de prévoir ce qui se passera dans le futur pour ces arbres en souffrance. Mais une chose semble évidente : nous devons absolument arriver à réduire la vitesse de ces changements afin de permettre au vivant de s’adapter.
Si nous ne pouvons pas revenir en arrière, nous devons à tout le moins stabiliser notre impact, afin que la nature puisse, à son rythme, s’adapter à son nouvel environnement.
Crédits photographiques : Florian Ferrel, Marie-France Romain, Pierre Verhoeven